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Texte                                                               [Retour]   [CV]

La peinture pour moi, c'est une histoire de parcours, avant tout. Ça commence tout simplement avec des empreintes. Il suffit de se retourner pour voir la trace de son pied sur le sol. C'est comme cela que je me suis découvert un goût pour les choses simples : dessiner sur le sable ou dans la terre et puis chercher à savoir ce qui se cache dans les cailloux qui résistent à la pression de mes doigts.

Viens le temps d'apprendre à peindre comme d'autres apprendraient à écrire. À force de répéter des empreintes, évidemment, puis des signes et des gestes, j'en suis venue à m'intéresser à la page sur laquelle je m'échinais depuis un moment.

Un jour, je me rends compte que l'on peut lire entre les lignes, ou de travers, ou même inventer des livres qui défient le temps et l'espace ; alors je fais des livres en verre, histoire de revenir à l'intimité de l'objet qu'on manipule. Raconter une histoire que l'on a l'impression de parcourir au fil des lourdes pages de verre, sans pour autant y peindre une seule figure ou un seul signe identifiable. Montrer la réversibilité du verre par la superposition des pages transparentes : qu'à chaque page tournée, un récit se défasse à droite, pendant qu'une autre histoire apparaît peu à peu à gauche.

Jouer avec le verre, se cogner le verre, ce matériau ambigu sur lequel j'éprouve pourtant le souffle de ma respiration : peindre sur verre en public, non seulement pour montrer à des gens la peinture en train de se faire, mais aussi peindre les gestes et les impressions que me laissaient ces spectateurs en passant derrière la vitre.

Et puis de fils en aiguilles, de verres en toiles, se rendre compte que peindre, c'est retrouver les sensations d'une peau. Une peinture, c'est comme une pellicule qui vibrerait, mais pas simplement dans la rétine ; elle frémit sous la main parce qu'il y a, derrière les couches entrelacées, de l'air et bien d'autres choses, à commencer par les autres peintures, celles d'avant. Entre les transparences, il y a les opacités, les embus, et le temps passé qui sécrètent des couleurs. Il ne s'agit pas ici de parler d'une simple enveloppe, mais d'une peau, comme d'un système nerveux : une sorte de métabolisme qui s'adresse peut-être à la vue, et qui se paie pourtant le luxe de communiquer avec les autres sens. Peindre alors, en se disant que ma prétention se résume aux partis pris de la peau.

 
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